lundi 7 juillet 2008

Ver - tige (au cœur de l’action)


Basse-Ham, samedi 28 juin 2008, approximativement 19h20. Comme plus de 300 pilotes, j’ai décollé pour participer à ce rassemblement et battre un record du monde. Je suis un fidèle de l’événement depuis sa première édition.
Je vole en palier, à approximativement 150m d’altitude. Pas de plan de vol, je me suis lentement éloigné de la zone de décollage. Un vent moyen ne me permet pas d’avancer vite sous ma voile Platinium XL d’Adventure. Mon fidèle F3, qui fête ses 9 ans, ronronne. Je vole paisiblement, content de ma journée.

Soudain, bruit de moteur inquiétant. Je lève la tête et mes yeux découvrent l’impensable. Venant du haut, sur ma gauche, je vois avec effroi un chariot de paramoteur heurter ma voile de plein fouet. Je n’ai eu le temps de rien faire, j’ai seulement aperçu le visage tourmenté de l’autre pilote alors qu’il frappait le bord d’attaque de mon aile. Bruit de déchirement. Le profil de ma voile se casse, littéralement labouré par son moteur qui s’y est accroché. Le stress est à son comble. La situation est grave, je le mesure à la perte de contrôle et la chute qui l’accompagne. Je reste attaché à l’autre aéronef d’infortune, je le sais, je l’entends. Je vois le ciel, le sol, ça tourne. Je DOIS me sauver.

Parachute de secours…oui… je dois m’en servir, pas de place au doute, pas de temps, plus d’hésitation.
Concentrant mon regard sur mon ventre, j’agrippe la poignée rouge.
Fermement décroché de sa base par un geste maintes fois simulé, le pod enfermant la toile blanche du secours est à l’extrémité de mon bras. Tout mon espoir réside dans ce lancé au milieu d’un espace de ciel bleu. Le temps semble s’arrêter.
Je contemple la fine toile se dérouler. Pour moi, Sup Air n’a jamais aussi bien porté son nom de marque. Et je l’ai soigneusement repliée au printemps … tout se déroule comme à l’entraînement !
Bruit de velcro, une sangle claque contre l’arrière de mon casque et…CHOC.
Cà a marché ! Le champignon blanc me retient. Bon, ça, c’est fait.
Je tombe seul. L’autre n’est plus à mes côtés ? Attraper ce qui reste de ma voile…non, je ne la vois pas. Vite éteindre le moteur et sortir de la sellette.
Mais où est le sol ? …houaw…ça va vite, une dizaine de mètres encore, ce sera dans un talus herbeux. Je n’arrive pas à sortir mes jambes de la sellette. Je ne veux pas m’écraser, je dois encore….
Le bas de ma cage a rebondi et je percute le sol sur le siège. Je m’étale, ne maîtrisant plus rien. Un choc, comme électrique, vient de me parcourir le corps. Une rafale de vent gonfle encore un bout de voile qui tire mais ne me traîne pas.Je suis conscient. Je suis VIVANT. Je bouge mes bras, mes pieds…tout semble fonctionner. Soulagement. Je retire mon casque. Mais une douleur me lance dans le bas du dos, me clouant au sol, incapable de bouger. L’autre pilote arrive, il me confirme qu’il n’est pas blessé et s’inquiète de mon état.
Ne plus bouger, attendre les secours.

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